L'âne à chroniques

13Habitat sort ses griffes de papier

Depuis 20 ans, la cité des Flamants subit un chantier de rénovation sans fin. Premiers de cordée de ce projet, les locataires des bâtiments 1 à 4 sont les derniers à être relogés. Et pour ce faire, le bailleur social, lui, ne s’encombre pas des avis, attentes et envies des habitant-es. C’est d’ailleurs un drame, survenu en juillet dernier, qui le contraint à, enfin, solder les derniers dossiers en souffrance. Parmi ceux-ci, celui de Ginette Fernandez menacée d’être expulsée de l’hôtel où 13 Habitat l’a déplacée en juillet dernier.

Les Flamants… Patience hauteur de flammes…

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 2021, un incendie, dont on ignore encore l’origine, se déclare dans le bâtiment A2 de la cité des Flamants, dans le 14e arrondissement de Marseille. Cet immeuble, théâtre de tous les trafics et d’un squat géant des logements vides, fait partie du programme de rénovation urbaine touchant cette cité, et en cours sans discontinuer depuis 2002.

Cet événement a entrainé 3 décès et des hospitalisations pour de graves brûlures. Quand survient le drame, une douzaine de familles légalement installées demeurent toujours sur place, en attente d’un relogement.

Parmi ces locataires, Ginette Fernandez. À 53 ans, cette mère de famille est seule dans le logement qu’elle occupe depuis 1988. L’incendie a pour effet, outre le traumatisme vécu, de conduire le bailleur à une évacuation aussi intempestive qu’impérative.

Ginette est alors envoyée dans un hôtel à… Bouc Bel Air, à une trentaine de kilomètres de sa famille et de son lieu de vie. Pour cette femme seule, sans moyen de locomotion, les trajets, lorsqu’elle doit se rendre à Marseille, sont un véritable calvaire.

« Toutes mes affaires, mes meubles… Tout est entassé dans un hangar à La Joliette », précise la quinquagénaire.

Pourtant le cas de Ginette Fernandez, dernière habitante de la cité sans solution de relogement ne semble pas émouvoir outre mesure les responsables de 13 Habitat.

Pour preuve, le courrier qu’il lui adresse, le 11 octobre, et qui est sans ambiguïté quant à ses intentions. Prétextant des refus successifs que la locataire lui aurait opposés, 3 depuis l’incendie, le bailleur sort l’artillerie lourde.

Soit elle accepte cette dernière proposition, soit elle se verra expulsée de l’hôtel.

Des affirmations contestées par Mme Fernandez : « Je n’ai refusé qu’une proposition, aux Falaises. Sinon, je n’ai jamais signé aucune lettre de refus à propos de ces soit-disant propositions puisque elles ne m’ont jamais été présentées ».

Ainsi, non content d’avoir laissé les locataires dans des situations intenables depuis plusieurs années, et malgré des manifestations et des courriers pour prévenir de la dangerosité des lieux, le bailleur choisit, pour la dernière personne sans solution de relogement, de lui imposer un marché de dupes. Le relogement dans un quartier où elle ne veut plus résider, ou la rue.

Des menaces à l’exécution plus prompte que les relogements. Le vendredi 14 octobre, Mme Fernandez apprend que la prise en charge de son hébergement a cessé. Elle doit libérer la chambre dès le lendemain.

Paniquée, elle contacte Rachida Tir, la suppléante du député Saïd Ahamada. Personnalité reconnue et respectée du quartier, cette dernière décide de s’emparer du cas de Mme Fernandez.

Son implication a un effet immédiat. 13 Habitat envoie l’un de ses salariés proposer, oralement, à Ginette un relogement provisoire dans la cité des Hirondelles, située à proximité des Flamants. Mais Ginette souhaite, comme elle l’a maintes fois signifié au bailleur, quitter le quartier. Demandant à s’installer dans les Hauts de Sainte Marthe, à Saint Mitre ou encore à Château Gombert, dans le 13e arrondissement.

Une proposition orale bien étrange d’ailleurs. Elle ne laisse aucune trace et n’a clairement d’autre but que de faire plier la locataire. Une manœuvre qui restera lettre morte. Rachida Tir et Mme Fernandez refusent et font savoir à 13 Habitat qu’il faut revoir la proposition à la hausse .

Les refus opposés à Ginette sans explication, pour son relogement, ne sont ni une première, ni un cas isolé.

En effet, utilisant une part des financements dévolus au chantier de rénovation des Flamants, 13 Habitat a engagé la construction d’une résidence neuve : Les Paranques. Elle aussi située à proximité de Château Gombert. Toutes les demandes émises par les locataires des bâtiments 1 à 4 des Flamants pour s’y installer sont systématiquement rejetées. Là encore sans explication.

Il aura donc fallu l’intervention musclée de Rachida Tir pour conduire 13 Habitat à revenir sur ses injonctions. Et proposer à Mme Fernandez le T3 qu’elle attend. Ce que confirme Mme Tir : « Mme Fernandez signera le bail d’un T3 situé dans une résidence neuve, Les Étoilés. Ça ne fait pas partie du parc locatif de 13 Habitat mais de celui de la Logirem. Elle va donc devoir déposer un dossier auprès de ce bailleur pour être inscrite sur sa liste de locataires. En attentant, elle sera logée aux Hirondelles. Et la Préfecture s’est engagée à faire respecter ses droits ».

Une solution provisoire qui devrait durer deux mois et à laquelle Ginette Fernandez, éprouvée et à bout de forces, a fini par se résoudre. Ce qui permet à 13 Habitat de s’en débarrasser à moindres frais.

Alors même si l’histoire peut sembler connaître un dénouement favorable, il reste qu’il aura fallu que la pression change de camp pour que le bailleur, après avoir choisi la manière forte et la menace d’une expulsion, ne se ravise et daigne, enfin, proposer une solution digne.

En attendant, aux Flamants, une autre histoire se dessine. L’Institut Régional des Travailleurs Sociaux (IRTS) installé de longue date dans le quartier, a choisi de fermer ses portes. Provisoirement.

Depuis l’incendie, le trafic a dû se déplacer. C’est ainsi que l’esplanade du Pôle de Services, où se trouvent également le Centre Social et la Maison de la Solidarité a déjà reçu leur visite. Ce qui ne rassure ni les habitant-es ni les professionnels-les.

D’autant moins que, selon les informations qui circulent dans le quartier, une étudiante a filmé le trafic et posté son œuvre sur un réseau social. Seul hic, elle a cru bon de retourner son appareil. Devenant ainsi visible et reconnaissable. Résultat, ceux qu’elle a exposés la recherchent…

Il semble pourtant peu probable que les autorités laissent ce lieu emblématique des ambitions du bailleur aussi longtemps que les locataires face à une situation explosive qui a, semble-t-il, conduit au drame de juillet dernier.