L'âne à chroniques

Quelle était verte ma croiscience…

Science sans conscience, blablabla. On connait la chanson. Seulement, voilà. À l’heure où les COP successives font grincer d’un rire fatigué tout-e citoyen-ne normalement constitué-e, les réalités de la catastrophe environnementale sont incontestables.
Et à ce titre, le livre et les divers entretiens accordés par la journaliste Hélène Tordjman donnent de quoi penser en nettoyant un peu les neurones au passage. Ce qui ne gâche rien…

Ramène ta science…

Dans cet entretien accordé à Salomé Saqué pour le site BLAST, la journaliste Hélène Tordjman liquéfie littéralement les arguments et la vision techno-centrée des thuriféraires d’un monde qui serait rendu meilleur par la seule magie des développements technologiques.

La technoscience appliquée à l’ensemble du vivant et prônée par des décisionnaires publics et privés, en dehors de tout contrôle démocratique, est structurée autour des NBIC pour : Nanotechnologies, Biotechnologies, Technologies de l’information et Technologies de la Cognition.

Or, la journaliste démonte, en démontrant par des faits, des chiffres, des exemples imparables, les absurdités que ces aveuglements induisent. Parmi les exemples documentés, la financiarisation du vivant. Ainsi, sous prétexte que ce qui n’a pas de prix n’aurait pas de valeur, il faut en donner une à tout ce qui vit.

Les parties de l’entretien consacrées à la pollinisation artificielle par des drones d’abeilles ou la privatisation via le brevetage d’une partie de la photosyntèse, sont, de ce point de vue, aussi redoutables que terrifiantes. D’autant que ce discours est celui que développent nombre de propagandistes de toujours plus de croissance. Fut-elle soit-disant verte.

La journaliste a principalement concentré ses efforts de recherches et de mise en perspectives autour de l’agriculture. Ce qui, compte tenu que si l’on peut facilement imaginer se passer sans en mourir de réseaux 5g pour diffuser les publicités sur téléphones mobiles, il est plus malaisé de concevoir un monde sans nourriture.

Se pencher sur la question agricole est donc vital, au sens premier du terme. Et l’un des intérêts des démonstrations qui nous sont proposées est la primauté accordée à la complexité. Des organismes vivants et des millions d’interactions qu’ils entretiennent comme de celle des sociétés, des cultures… En un mot de la valeur inquantifiable des diversités.

J’irai revoir de Normandie…

Imparable Hélène Tordjman…

Et quand Hélène Tordjman rappelle que Julien de Normandie, l’actuel ministre de l’Agriculture, propose que soient réduites les aides à l’agriculture biologique au sein de la Politique Agricole Commune, que les primes sont accordées à l’hectare et donc profitent principalement aux exploitations géantes et dévastatrices, il est bon de se souvenir que dans les mois à venir des élections se tiendront qui nous permettront, aussi, de faire des choix. Qu’il s’agisse de reconduire les équipes actuelles et de participer à l’édification de la société qu’elles prônent, organisent et construisent. Ou qu’il s’agisse de leur préférer d’autres propositions, préconisations et solutions.Il s’agira pour chacune et chacun de considérer l’échelle de sa propre conscience : moi ou nous…

Cette entrée par la complexité a aussi pour intérêt de transversaliser les questionnements. Ce qui, en ces temps où le simplisme le dispute à l’ignorance, n’est pas la moindre des richesses gratuites que nous offre la journaliste.

Ainsi, lorsque l’on vend une voiture électrique en vantant son impact semble-t-il positif sur la planète, qu’en est-il des contraintes que ce type de véhicules et leur production engendrent? Quel modèle de production d’énergie faut-il mettre en œuvre pour imaginer remplacer l’intégralité du parc automobile actuel? Comment seront organisées les extractions de minerais? Où? Comment sont traité-es celles et ceux qui y travaillent? Comment sont produits et transportés les matériaux utiles à leur construction?

Emmanuel Macron disait récemment qu’il n’est pas pour un monde d’Amish et un retour à la lampe à huile. Or, s’il est une évidence qui ressort de l’argumentation de la journaliste, c’est que, précisément, la course absurde, aveugle, effrénée à toujours plus de croissance appuyée sur une béatitude techno-scientiste mène déjà le vivant, et l’Humanité qui n’en est qu’une des composantes, à sa décomposition et à des sociétés qui n’auront probablement même pas la chance de pouvoir revenir à un monde d’Amish.

Parce que les morts ni ne cultivent les champs, ni n’écrivent l’avenir des vivants…

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Luna Tik